pensées sur la douleur

je n’aime pas la douleur mais je la respecte.

c’est une ennemie personnelle.

il faut toujours regarder ses ennemi-es de face.

j’écris donc son nom quand elle est là.

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le nom de la douleur est guerre.

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face à la douleur, il y a des positions tactiques et stratégiques à tenir, et aussi beaucoup de déplacements.

les déplacements, ce sont ces transitions – qu’on est parfois tenté-e à tort de nommer « renoncements » – où il faut quitter ce que l’on croyait en nous inatteignable et intouchable. on cherche alors une vallée profonde où se cacher ou une montagne plus haute que toutes les blessures ; mais chaque nouveau relief peut devenir à son tour fêlure, coup, bosse, violence.

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le pire est toujours devant nous.

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à l’école de la douleur, on apprend à obéir.

on ne se réconcilie pas avec la douleur à moins de devenir saon esclave.

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il existe des douleurs qui semblent venir du dehors. ce sont les accidents, les cyclones aveugles, le chaos absurde et sans haine.

de celles-là, on ne peut presque rien dire.

il existe aussi des douleurs qui tout en venant du dehors, visent si finement notre pli le plus vulnérable que là, on sait qu’elles nous connaissent.

elles sont d’une précision chirurgicale.

leur langue nous est connue, elles disent notre prénom.

elles sont étonnantes, comme il est étonnant de rencontrer un visage semblable au sien dans une foule inconnue.

on veut parfois penser qu’elles sont là pour nous enseigner, mais moi je pense qu’elles ont juste trouvé une forme de raffinement, de minutie et de rigueur dans la destruction.

ne leur donnons pas de notre temps.

en bref, ne soyons pas leur ami-e.

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le temps que nous ne donnons pas à la douleur nous appartient.

et tout le reste est perdu.

ayons un temps irréductible, impossible à donner, tenu comme une place-forte : c’est à partir de là que nous existons.

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le courage est dans le cœur parce qu’il choisit toujours de battre tant que nous vivons, de battre, même dans la peur et dans l’atroce, de battre, battre, au rythme de tout, pour tout.

tout plutôt que mourir.