les imbuvables
prenez-les mes cheveux
roulés comme une serpillière
de morve et de pleurs
sur un carrelage aussi blanc
que le cul d’un psychiatre
et mes mains qui sont compliquées
elles ont des nœuds
elles ont neuf doigts
le pouce est là pour faire pouce
ne prenez pas mon sexe
il est autogéré
c’est un loup-garou
il est velours velu voulu goulu touffu
il bouffe la lune
mais seulement quand sa joue sa pomme
son sein
sont tout pleins à craquer
car nous sommes les croquevivantz
saute du corbillard
saute de ta corde de pendux
on a encore à hanter
un monde une parenté
de fols à lier
les imbuvables boivent à nos tables
prenez mes dents dans vos paupières
elles vous feront des nuits blanches
des éclats de rire à vous rendre dingues
comme un requin marteau rouge
sur la tête de nos sept mères
rions
à défaire la braguette d’un ventre
à déshabiller nos organes
le corps nu comme un bouc
voici la jument dernière
montez-la
et le sabot qui renverse les âmes perdues
mon oreille est un chaudron de chuchotements
j’ai la tête mal tournée
je crois
en dieu en l’appel
en l’immense pelle sainte et juste
pour retourner tout
ne prenez pas mes voix
