au matin les coquelicots
au matin
les coquelicots chantent
deviens
suis-moi
sois
oh viens !
chantent-ils
l’amour
fut fait non par un ange mais par
une fleur étrange
quand la jambe bleue du ciel boite
elle trébuche sur ce corps
et c’est presque une erreur
un bol d’eau renversé
par une main maladroite
voilà le visage
et le face à face est cassé
même une face féroce
a des joues tendre viande violettes passées
ne me regarde pas
car les roses à l’aube rugissent
et il y a un cœur voilé dans la joue
il s’inquiète de surgir
rugir
rougir
même un tigre est fêlé
au début du ciel
lorsque tout le soleil hésite
mais le rose de la voix est caché
la voix de la langue enroulée
dans la fleur du silence
là-bas
la balsamine !
un bruit la ferait crever
au matin
les coquelicots chantent
sur les joues en pleurs sont creusés
des fragments
comme si la sculpture cherchait
dans la chair fragile
le sourire fou
qui a courbé le soleil puis l’a
tendu
comme une
peau sans limite
devant nous
il faut me mordre
et me mourir
car un labyrinthe en moi
s’étreint
car le cœur recule en lui-même
il veut sauter
ici les renoncules
dansent dangereux
tourbillons
une poétesse-chienne a dit
une lanterne d’ombre à la main
je cherche un corps
hélas la caresse…
cela peut exploser
les joues comme des lotus
immenses
ne me regarde pas
alors la voie lactée brise son rire
ses dents sont des rivières
plus pleines que des colombes
après la pluie
un ciel les passe
les astres sont jetés là
aussi perdus
que les dés sous la table
hésitant entre une face
et un point noir un seul
lancé au bord de nous
au matin
les coquelicots chantent
et dans la paume sans prise
de la fleur farouche
il y a quelque chose qui touche
il y a il y a
les pluies les brises
un bruit
quelque chose
quelque rose
quelque
presque
si près de nous
si presque nous
au matin
les coquelicots chantent
deviens
suis-moi
sois
oh viens !
