récit de rêve
(ce texte peut être éprouvant à lire)
dans la nuit du vingt-quatre au vingt-cinq août 2026, j’ai fait un rêve et j’ai souhaité le noter car je crois ne pas pouvoir m’en réveiller autrement qu’en le disant ; je souhaite aussi le partager, il ne m’appartient pas entièrement.
voici l’histoire.
dans un train, il y a des enfants et il y a des adultes. les enfants obéissent. les adultes surveillent.
les adultes sont des ombres, iels ne semblent là que pour regarder ; certaines et certains d’entre elleux n’ont presque pas de visage.
à un moment donné, il y a un incident. deux garçons se rebellent et disent qu’ils ne veulent pas aller là où le train va.
une femme adulte les prend alors, les met chacun dans un sac et malgré leurs pleurs et leurs supplications, elle joue avec un collègue à faire des passes avec les sacs, puis devant les adultes du train qui restent toustes assises et assis et qui rient devant la scène, elle les jette par la fenêtre du train – on ne les reverra plus.
ensuite, le train s’arrête dans une ville. les enfants du train vont se promener dans la ville, mais iels doivent faire bien attention à revenir dans le train à la bonne heure, et à bien se comporter dans la ville.
dans la ville, il y a une petite fille bizarre ; il y a aussi une femme avec des béquilles sur un banc, mais on ne la regarde pas trop – elle aussi, elle est bizarre.
la petite fille bizarre s’approche d’une des enfants du train, et rapidement, fougueusement, elle lui met des marques noires sur la main avec un marqueur indélébile.
ces marques noires sont un signe, les enfants le savent ; chaque marque indique que l’on a commis une faute. quiconque a plus de tel nombre de marques noires sur la main doit être puni-e de mort.
comme la petite fille bizarre a mis assez de marques sur la main de la petite fille du train pour que celle-ci soit punie de mort, la petite fille du train ne veut pas retourner dans le train : elle sait qu’elle y sera punie et qu’elle mourra.
la petite fille du train court alors vers la petite fille bizarre. elle est en colère contre elle, elle est aussi peut-être curieuse, elle la pourchasse à travers toute la ville car la petite fille bizarre court très vite. la petite fille du train rattrape la petite fille bizarre, et elle comprend : la petite fille bizarre a fait cela pour que la petite fille du train ne remonte pas à bord.
c’est comme ça que la petite fille bizarre délivre les enfants des trains.
la petite fille du train rencontre un jeune garçon infréquentable qui joue dans l’espace public, très agile : il semble insaisissable, il fait des roues, des cabrioles et des danses.
beaucoup de temps passe. la petite fille du train, la petite fille bizarre, et le jeune garçon infréquentable vivent ensemble en retrait dans la ville, et survivent ; parfois iels sauvent des enfants, des enfants les rejoignent, et iels forment une équipe.
iels rencontrent un jour un adulte en qui iels ont confiance.
les enfants et l’adulte de confiance s’installent dans une maison sur une plage, et l’adulte commence à donner un cours magistral dans la maison aux enfants. mais les enfants pendant le cours, s’agitent, et iels cassent même la mezzanine depuis laquelle iels assistent au cours, iels jouent et leurs jambes dépassent des barreaux de la mezzanine, jusqu’à ce que tout craque.
alors, l’adulte de confiance se met en colère.
l’adulte avait bien prévu de les dénoncer, de toute façon. il s’éloigne de la plage, se dirige vers un endroit avec plein de rails où passent des trains, et signale aux autorités que les enfants rebelles se trouvent dans la maison sur la plage.
les autorités cherchent un moyen de bien attraper les enfants rebelles : iels pensent à utiliser des chiens, mais selon elleux, les chiens ne seront pas assez féroces ; iels pensent ensuite à utiliser des tigres, et les tigres semblent bien pouvoir faire l’affaire ; mais finalement iels décident d’utiliser une immense machine en forme de dragon, qui porte le nom de « philosophie » – parce que le dragon susurre de manière sifflante, douce et profonde les syllabes du mot « philosophie ».
et alors, le dragon pourchasse les enfants.
il y a des enfants qui essayent de se cacher. iels se séparent pour survivre, mais avant de se séparer, certaines et certains arrivent à se dire que s’iels s’en sortent, iels devront se retrouver près de « la colline là-bas » – « la colline là-bas », c’est une colline qu’iels aperçoivent au loin.
l’une des enfants s’enfuit de la plage et se cache longtemps. Elle se met plus haut que le dragon, que les adultes, que les tigres : elle monte, monte, monte de mezzanines en mezzanines, de terrasses en terrasses, de balcons en balcons, et escalade des murs infinis qui se perdent dans des hauteurs vertigineuses.
elle atteint une ville. dans cette ville aussi, tous les bâtiments sont hauts, infiniment hauts. Elle entre par la fenêtre dans une maison où il y a un bébé seul dans une pièce en hauteur, sans rampe. et dans cette maison, il y a aussi une autre enfant de l’âge de l’enfant évadée et sa mère. or, la mère est tellement absorbée dans son travail et tellement peu intéressée par sa fille que quand l’enfant évadée entre dans la maison, la mère n’est pas capable de distinguer sa fille de la nouvelle venue, et elle demande sur un ton de reproche aux deux enfants qu’elle prend pour son enfant : « pourquoi es-tu en double ? »
alors, les deux enfants montent dans la chambre de l’enfant de la maison ; elles restent ensemble un certain temps, et elles se confient leurs secrets.
l’enfant de la maison indique à l’enfant évadée le nom de la colline que celle-ci souhaite atteindre. le nom de la colline est quelque chose comme mikur, mishkur ou mirkur – l’enfant de la maison elle-même n’est pas très sûre du nom. l’enfant de la maison montre à l’enfant évadée la direction de la colline en la pointant du doigt.
la fenêtre de la chambre ouvre sur la ville. on voit la colline, mais on voit aussi la ville qui est remplie de grandes constructions et de hautes statues à l’effigie de personnages importants du régime.
on ne sait pas si l’enfant évadée réussit à s’évader jusqu’au bout car on ne voit pas dans mon rêve la fin de son histoire.
pendant ce temps, beaucoup d’enfants resté-es près de la plage sont arrêté-es par les autorités. personne ne les blâme. personne ne les gronde. on les fait revenir dans le train.
dans le train, il y a des surveillants et des surveillantes. chacune et chacun des enfants doit se tenir sur son siège, à sa place. une militaire haut gradée passe dans l’allée du train en félicitant les enfants retrouvé-es : « vous vous êtes montré-es braves, vous avez vaincu votre peur de la mort » dit-elle. les surveillantes et surveillants donnent aux enfants des gâteaux très sucrés tout rouges et suintant de liquides de la même couleur, et les enfants les mangent avec délice, mais il y a des enfants qui en reçoivent moins que d’autres, car iels ne sont pas toustes égalaux aux yeux des surveillantes et surveillants.
et le train arrive à destination.
au bout de la ligne de chemin de fer, il y a un immense centre commercial. dans le centre commercial, il y a un grand hall blanc, de nombreux néons, des allées parsemées de boutiques qui ne vendent que des horloges. car oui, ce centre commercial ne vend que des horloges, mais des horloges de toutes sortes.
on dit aux enfants qu’iels vont devoir travailler maintenant.
alors, le corps de chaque enfant est greffé à une machine. il y a une machine par enfant. Le travail des enfant-machines consiste à réparer toutes les horloges du centre commercial et à veiller à ce qu’elles indiquent bien toute la bonne heure.
chaque machine semble toujours sur le point d’électrocuter l’enfant qui se trouve à l’intérieur, ce qui fait que les enfants ont toustes peur dans leur propre machine, et la machine utilise l’énergie générée par leur peur, pour réparer les horloges et les faire fonctionner aussi convenablement que possible.
à la fin du rêve, une enfant-machine répare une horloge : elle est dans les airs car sa machine vole et l’horloge qu’elle doit réparer est en hauteur. il y a des adultes en-dessous d’elle qui défilent dans le centre commercial pour faire leurs achats.
elle a peur, et elle travaille.
voilà ce que je peux dire de ce rêve fait cette nuit-là.
j’ai rêvé de la partie où une enfant essaye de s’évader vers la colline au loin (sans qu’on sache si elle y parvient ou non) après avoir rêvé de ce qui arrive aux enfant-machines condamné-es à réparer des horloges, mais au réveil, lorsque j’ai commencé à écrire mon rêve pour le raconter, il est venu ainsi et dans cet ordre.
