il fol tenter
il fol tenter
nous sommes larges
nous avons des yeux hors des yeux
nous sommes plus gros qu’un ventre
le corps ne contient plus le corps
alors nous avons cherché un monde
pour contenir notre monde
et nous n’avons pas trouvé
nous avons tenté de nous délimiter
mais nous le savons maintenant : connaître nos limites
c’est nous éliminer
notre folie
ce n’est pas être au bord de
c’est être sans bords
être hanté-e par soi : avoir peur de sa propre présence, de son propre souffle, des murs de son corps, de ce que les mains peuvent si elles cessent d’être nos mains
être poursuivi-e par le vent : avoir une peur délocalisée, un ennemi sans jambes et sans repos, qui existe partout, qu’on ne peut trouver nulle part – savoir donc qu’insulter un caillou ou le soleil importe peu, c’est en vérité la même chose
être un bruit continu : ne plus connaître le rythme, la séparation et la segmentation, ne comprendre le sommeil et les repas que comme une trahison, avoir un cœur qui entre deux battements ne se tait pas
devoir fleurir sans terre, atterrir sans terreur : avoir besoin d’un espace qui respire pour respirer, avoir besoin de respirer pour avoir un espace qui respire
danser une ligne presque infinie : ne plus pouvoir poser son pied nulle part dans une ligne qui semble ne pouvoir s’achever que par la mort ou la métamorphose
devenir phénix migrateur, oiseau de feu, hirondelle du soleil
nous vivons hors de nous-mêmes
parce que nous sommes en feu
parce que nous cherchons un poumon
capable de nous respirer
un corps autre que le nôtre
parce que notre corps ne nous supporte plus
parce que nous ne nous voulons plus
nous nous crachons au monde
comme une fleur
avec un bruit de morsure – ou de baiser ?
