ce qui résiste

au crépuscule
l’œil au beurre noir s’ouvre

et son bleu
est une larme
qui fut frappée
avant de naître

commence ce que tu croyais fini
même s’il te faut toute une vie

essaye ton visage

les ombres des ifs
recouvrent comme une barque
toute cette vague hésitation

et le tremblement touche terre

as-tu peur que de tes ongles

se lèvent des arbres hauts
et des feuillages féroces ?

as-tu peur de tes mains ?

le fauve mouillé d’écorce
soupire avec violence

sous les pas si lents et si doux

et l’automne de tempête
hante le hêtre

aussi bien que le bruit
d’un corps craint ou aimé
dans l’espace transparent

nous retourne

personne ne sait
où commence la forêt
où commence la naissance
de qui n’est presque pas né

où le roi commence à mourir

et tu as posé la main
sur le pelage de la pierre
elle est douce et possible

tu pourrais tordre les falaises

mais il y a quelque chose que tu ne peux pas

et ce qui résiste c’est toi !