ce qui nous brûle
ce qui jouit en plein jour
est amour
oui
le plaisir
si on le prend entièrement
a aussi des griffes
elles sont innocentes
et l’œil s’ouvre
oursin de lueurs déchirantes
même la main qui frappe
ne vise que le tambour
et aucun vide sur l’épaule
ne pèse lourd
brûlons d’amour
brûlons mais sans mourir
il existe encore un corps à nourrir
voilà pourquoi
la danse tourbillonne
la bouche des gorgones
pourrait même mâcher les statues
et qui a faim du monde
rend les pierres fécondes
avons-nous faim jusqu’au début du ciel ?
avons-nous soif ?
ne dites rien
sauf le dicible
sauf la lumière incontestable
avons-nous faim ? avons-nous soif ?
nous le savons
la langue connaissait le feu
bien avant qu’il soit dans les yeux
et la lumière est une mâchoire
prête à ouvrir les corps
dans chaque image
dans chaque miroir
au bord d’un sourcil d’herbe
quelque chose ouvre un œil
une goutte immense
tombe
au matin
nous mangeons ce qui ne peut être
posé sur la table
car le monde naissant est un monstre
au matin
les arbres pétrissent le ciel
avec des étreintes d’araignée
et des mains de panique
mais leur écorce est aussi dure
que les plaques pliées des courants
au temps où la mer était terminée
et maintenant commence
le pain des nuages cuit
un soleil peut être décoché
jusqu’au zénith
depuis l’arc tendu de la bouche
dans un monde dans un monde fou
il n’y a rien qui ne soit pas un goût
et proches des fourneaux
où la forme s’essaye
entre des embrassements
de braises et de brises fraîches
mangeons tout !
c’est notre destination
de devenir un torrent à l’envers
une flamme froide et riante
montant la montagne du brasier
car après avoir été des mortel-les et des immortel-les
nous vivrons
aujourd’hui sera
alors la voix humaine ne reconnaîtra pas son écho
et le ventre deviendra une voix
le nom de dieu est bas et bouche bée
il commence depuis la terre
parlons avec la bouche pleine
que les dents enroulées de roses
et les bourgeons comme un plongeon
dans le froid de l’aurore
montent
les virgules d’étourneaux
cherchent le rythme d’une phrase transparente
mais la langue qui hésite
a touché sa limite
et quand il faut faire l’aveu de sa vie
le cheveu d’un aveu suffit
oui…
ce qui nous brûle nous hurlera
