attendons-nous
qui va là ?
on est pauvre et transi
comme des apories
des corps à l’abandon
sans poème à couvrir
tout entier
qui va là
c’est ce qu’on dit parfois
quand il fait froid
sous l’abîme de la peau du visage
je veux
des yeux plus lumineux que nos reflets
le ciel peut-être
car dans la langue des tristesses
il y a le même mot pour
lumière azur grand jour
aile nuage amour
toujours
mort
mais en nuances
il n’y a pas de ligne qui nous sépare
du soleil
la lumière est ici
ô ma couleur singulière
et la tienne
où commençons-nous donc
à échapper à la terre
dites-moi à moi qui aime
et qui hais
et qui ai si mal au corps
où commencent nos bleus ?
voici une langue qui n’a pas senti
ce qu’est une larme
tombée de haut
le lointain est ici
et l’horizon est horizontal
voici l’ordre tombé
ni de là-haut ni de tout bas
cherche
retourne-moi
regarde dans mes yeux
peut-être y ai-je
laissé quelque chose
j’ai créé tes yeux
tes yeux m’ont créé-e
et nos yeux sont deux !
qui dans ce long moment
au premier regard
a créé ?
attendons-nous
toi et moi et nous
en même temps
soyons de justesse
en amour
et dans nos mondes
soyons le premier jour
