et même le nom de ton non
quand tu marches
tu marches avec tout
ton ombre gifle les murs
le sommeil vertical
d’une rangée de soldats
les barreaux de la tristesse
tracés sur tes joues
cette prison n’est pas la tienne
pourquoi dis-tu mon corps
mon dieu
mon pays
ma famille
ignores-tu que la honte
est née bien avant toi
elle a fait ses premiers pas
sur ta tombe avant ta naissance et la mienne
il faut ouvrir
chaque tilleul des chemins
prend la courbe d’une danse
pour décocher ton corps
corps puissance corps
encore
c’est une marche des degrés
ton corps ne peut plus obéir
il te franchit
tout est à dévorer
dans l’orage
même la peur de la mort
c’est comme ça qu’on rit
s’il te plaît
ce cerisier a des yeux
de nouveau-né
il tremble encore
ne lui fais pas porter
le poids d’un nœud
vis sans raison
quand on ne dit plus pourquoi la vie
la vie est pour nous
regarde
regarde la cerise interdite
comme une bouche
elle a goûté
les fleurs montent aux yeux
c’est comme ça qu’au mois de mai
on pleure d’amour
ton regard regarde si grand
que même si tu perds la tête
ta patrie ton chemin ton identité ta raison d’être
ta colère – et même le nom de ton non
personne n’a perdu
