à propos des fascistes
les fascistes ne sont capables d’aimer qu’en passant par la haine.
ce qu’iels appellent « beau », « bien », « vrai » et « bon », c’est toujours une exclusion.
iels ne peuvent aimer leurs cathédrales que s’iels ont dit du mal d’un quartier rempli de kebabs juste avant.
quand iels regardent une cathédrale, iels ne voient qu’elleux-mêmes et un combat contre leurs ennemis.
leur sens du bon, c’est « ce qui n’est pas l’adversaire. » négatif, il est impuissant à faire autre chose que détruire : en somme, on peut dire qu’il n’existe pas.
iels ont besoin du diable plutôt que d’un dieu, et leur paradis ne pourrait prétendre à l’existence s’il n’y avait pas un enfer plus grand encore en dessous pour le justifier.
leur idéal leur sert de marqueur identitaire. comme iels ne peuvent rien affirmer, iels doivent travailler leur existence en négatif, c’est-à-dire en choisissant des éléments ennemis à exclure, et de là vient la raison pour laquelle leur identité est si importante.
iels ne peuvent comprendre la bonté que comme une guerre contre le mal. leurs mains sont déjà remplies par leurs armes : comment pourraient-iels encore donner et recevoir ?
iels ne sont donc pas capables de contemplation ni d’amour gratuit pour la vie et pour les êtres ; quand j’écris « gratuit », je ne parle pas de sacrifice et d’abnégation, je parle d’aimer pour aimer, de rire pour rire, de regarder une fleur pour la regarder, je parle d’amitiés réciproques et horizontales, je parle de joies immanentes… c’est précisément ce qui échappe aux fascistes, qui veulent des verticalités pour fonder, surplomber, dominer et soumettre.
iels n’ont aucune idée de la puissance pour la puissance, iels ne connaissent qu’une manière d’être au monde : le pouvoir sur autrui.
leur seule manière de dessiner une forme, c’est d’en tracer les frontières, mais cette forme ne peut exister alors que par ses limites et non par ce qu’il y a à l’intérieur de positif, de vibrant, de coloré, d’intense.
la vie n’a pour elleux de valeur que dans ses frontières elle aussi, c’est-à-dire dans tous ses empêchements : maladies, douleurs, guerres, mort, apocalypse.
iels préfèrent laisser des pierres au monde, de grandes statues et des cimetières, plutôt que de vivre.
quand iels défendent la vie, iels ne défendent jamais la vie intégralement, mais seulement une vie bornée par mille limites, une définition très restreinte de la vie, et la vie n’est alors pour elleux que ce qu’iels appellent « vie » au sens le plus étroit (une vie chrétienne, cis, hétérosexuelle, hygiéniste, sportive, occidentale…)
lorsqu’iels ont détruit leurs ennemi-es, iels ont un don de création tout particulier – et c’est à vrai dire leur seule manière de créer : créer une autre entité à détruire.
et lorsqu’iels n’ont plus rien à portée de main, je veux dire plus rien à détruire immédiatement autour d’elleux, iels peuvent par exemple faire pénitence en mortifiant leurs membres inférieurs, sous le beau prétexte que leurs membres supérieurs vaudraient davantage, et s’inventer un esprit assez pur pour avoir le droit d’insulter les seuls menus plaisirs qu’il leur reste.
leur suicide se fait par prélèvements successifs, c’est une mort lente et douloureuse.
iels ne conçoivent dieu et leurs idéaux que comme une équipe de foot à défendre, iels ne peuvent jamais être autre chose que des soldats même quand iels prétendent que ce qu’iels défendent, c’est l’amour.
