prière à toi et nous

ne nous commente pas

car quand à portée de regard
il n’y a pas de regard ami
où boire le visage de nous

quand il ne nous reste plus que le jugement
du dessus du dessous
du digne et de l’indigne

quand au-dedans du monde

c’est inhabitable

quand la ligne qu’on pensait horizontale
de l’étreinte humaine
ne nous étreint pas

quand on cherche l’homme

comme on cherche une clef perdue
au fond d’une cave profonde
ou le goût oublié d’un vin très ancien

quand dans l’endroit indemne de vie
on veut de l’eau où poser la bouche

comme on veut un mot vrai

quand on veut revenir au pays
au lieu secret où le torrent est un palais de verre

que personne n’habite

quand nos yeux sont en haut des montagnes
aux neiges si éternelles qu’aucune trace
même d’oiseau léger ne s’y ose

quand on creuse en soi
une soif plus vaste
que toute une vie

parce qu’au fond d’un puits
le reflet des couleurs changeantes

n’atteint rien

alors dieu vient

(et ce n’est une bonne nouvelle pour personne)

ne pense pas ton passé
comme une chair défigurée

ne pense pas
que derrière ce qui a été défiguré
il y a une figure

ne pense pas ta vie
comme on pense une blessure

si tu ne veux pas que cette figure
décide de la forme de ton visage

l’ait décidée
depuis toujours

ne répare rien

quand il s’ouvre
le baiser
n’a jamais eu soif

ce que tu es n’est pas une erreur
mais une errance

ne nous commente pas

viens ô ami-e

commence-nous