trop tard

la vie sanctionne

c’est souvent trop tard
un vécu

tu voulais des mains blêmes
les pages non froissées
d’un livre et
dix commandements

tu ne naîtras point

tu voulais un jardin perdu
où les arbres tombent dans le ciel
et atteignent la source

avant le pli de l’eau

prier en faisant de la blessure
un abîme vide

mais ne jamais t’abîmer

hélas chaque fois que tu vis
ton coeur déborde soudain
te brusque et te marque

comme un sceau sur une sentence

irréparable

tu veux assumer
mais

comment porter un corps
un visage

encore ?

ah comment faire
voilà l’enfer

et non pourquoi

car c’est commencé déjà
et on n’échappe pas à ça

il y a ta cuisse
enroulée sur ton sexe
comme une aile sans asile

et l’étreinte molle d’une cervelle
nouée à ta tête fragile

et ce qui est destin n’est pas au ciel

une étoile fatale
se débat dans l’araignée du corps

porte-nous
comme un souffle
une pendue à tes lèvres
un temps qui est déjà compté

continue ta phrase en risquant
le point noir et abrupt et final
de nos yeux

ton visage ton tambour
on ne le frappe pas
ni d’une main ni de foudre ni d’amour

mais d’étonnement

et la chair tremble encore un peu

cette musique est si fine
elle entre tout juste dans la peau

le sang nous colle aux veines
ici – comme un piège de miel

et tout ce que nous sommes

est déjà pris