tout peut
ce silence est une chose impossible
il est monstre vision grand œil
sur le corps
quand l’oreille est fermée
la nuit je rêve
qu’on m’arrache les yeux
qu’on n’en laisse
que trois gouffres violents
pour que la lumière du jour soit inévitable
je rêve du rêve qui me dira
ne rêve plus
chaque matin un soleil brûle
je me lève quand il y a lumière
parce que ma maison est en feu
il y a un corps
hors de mon corps
hors de mes mains
il y a quelque chose qui peut
et mon ombre me désobéit
elle a fait l’école buissonnière
quand j’apprenais à marcher droit
et à me mettre en rang
elle est partie loin
pour user
les semelles des grandes secondes
pour rire avec les fées
sous peine de mort
un jour j’ai reçu cet ordre inquiétant
danse jeune enfant
danse jusqu’à la vie
et même si je ne suis presque plus jeune
je l’entends encore
il y a une nostalgie
même pour les révolutionnaires
elle est plus terrible que les autres
c’est la nostalgie
de la vie interdite
de celle qui n’a pas été osée
elle est pourtant là
dans les interstices
des barreaux de la prison
de nos mains presque impuissantes
quand elles s’ouvrent
quand elles ne prient plus
j’ai appris à gagner au concours de crachats
à qui va le plus loin
j’ai touché bien des étoiles
et des dieux
mais je n’ai jamais touché
ma propre bouche
dans le silence de celleux qui ont subi
de celleux qui ont courbé la nuque
jusqu’à voir que les vainqueurs
ont les pieds fragiles
parce que leur terre est la même que leur terre
dans le silence
tout peut
