chaque fois que j’ose
je me soulève depuis nulle part
depuis presque la mort
et cette vie est nécromancie
et ma mort est métamorphose
disaient-elleux – la gueuse ma vieille guenille velue
et ma peau de grenouille et mon goût
et ma gueule goulue –
je vais vous raconter
cette nuit
j’ai dansé
depuis mon sexe jusqu’à ma face
j’ai dansé pour devenir l’aube
car si elle ne se lève pas
je devrai me lever à sa place
je veux être d’un mauvais goût
à éblouir
à jouir
à jour à rire à jouer et rouge
je veux avoir le mauvais goût
de dire oui
à la vie même quand ça fait vomir
et même à l’inhumaine
mes artères me vomissent
je pousse un cri
jusqu’au soleil
et mon corps est feuille folie forêt follet fantasme
fantosynthèse
je veux l’élan
l’enfantement
l’éléphant de la terre
je veux que les dents de la lumière
écorchent tous les arbres
et laissent des pelures noires
monter dans la nuit
je veux être l’absurdité du matin
qui se lève sur nos visages violets
d’amour
et de férocité
et sur les peupliers
les sombres peupliers
sur la route révoltée
le virage raté
mais grand comme la virgule
après la fin du temps
je ne veux pas être belle ni beau ni belleau
je veux que la beauté nous ressemble
je veux que bruit et corps se possèdent
je veux la danse qui est
avant que soit la musique
je veux que comme un gosier de chienne
les lèvres bleuies par le plaisir
de ma peau anonyme
me dévorent
je veux le soleil de tous les prochains solstices
dans mon utérus
et de grandes orgues plutôt qu’un organe
je veux qu’une étoile noire
me court dans la chair
comme une gale
jusqu’à l’œil noir de ma sale gueule
je veux crier car je suis interditx de jour
on m’a pris mon corps
mais mon corps me possède
disait-iel – le bruit du corps
c’est-à-dire l’âme –
et iel a ajouté
très bas dans un murmure
– comme la nuance rousse qui court
doucement sous la peau –
une ligne rouge est franchie
chaque fois que j’ose
devenir une rose
