et incarnatus est

danse le rivage des nerfs
où touche la lumière
avec sa main d’aveugle

incarne-toi lumière !
sculpte un espace pur
au bord des cils gelés

comme les grelots de neige
annoncent le ciel

que les mains se hérissent de plumes

elles sont des murailles d’oiseaux
elles veulent saisir le monde

mais entre chaque paume
le visage ne tient pas sans mourir

on n’entoure pas de frontières un pays

sans tuer l’aube

oh toi tu désires avec faim – ton cœur bondit
comme un chien pour rogner

l’os austère sous ta peau

mais le centre d’un corps
c’est l’algue vagabonde

du sexe vivant en vase en valves
et en limon

sa danse d’étrange limace
forme une vrille

jusqu’à l’indénombrable nombril

car tout baiser est plein

désobéis-toi
escalade ton corps
l’âme est chose clandestine

on respire malgré soi
comme on souffle un mot de passe

au soir on ne meurt pas
les veines transgressent le corps

la vie la vie dépasse – l’ombre des peupliers
a fui très loin

le corps des foules

tu ne connais pas ce que tu peux
apatride de toi-même

jamais personne n’envisage le visage
parce que pour regarder son propre visage

il faut perdre ses yeux

alors l’innombrable entre dans la chair

il me faut pour le dire l’ongle incarné
dans la gangue

de la langue

je veux te dire la bave des fleurs
quand elles mordent – les cruelles

au tout premier jour de nos joues !

et incarnatus est