caresse

tu as coupé la tête
le corps marche seul désormais

l’épée est dans la terre

et tu appelles lumière
la mort car elle sourit dans
le fruit rouge amer au cœur

coupé

tu es l’ennemie de tout
à tel point que ton corps ne peut plus contenir
tout le sang versé
de ta montagne
de ton tigre

tu crois que la mort
contiendra avec son grand cœur violent

tout tout tout
– ou rien

tu t’es abîmée
comme on se jette
à l’océan en espérant
une grande enveloppe au grand chagrin

qu’on te dise
ici est la maison le pays des perdu-es
tout peut y habiter

rien ne franchira pourtant nos frontières
nous avons dieu à protéger

tu as appris à être sublime

une tête peut bien tenir tête
sans cette étourderie
qu’est le pied

dis-tu – en fille sérieuse disciplinée

pour toi le corps est un effort de guerre

et un corps vide
existe
à attendre une identité propriétaire
de lui comme le chien
attend qu’on lui envoie le soleil

un jour
un chemin

à retourner

voici pourtant une folie innocente

la merde est vivante
tu ne peux pas l’enlever
sans te déchirer

jusqu’au nombril

fini le champ de bataille
tu n’as pas déserté
mais il n’y a plus d’adversaire
ni de monstre ni de moine-soldat

ni de regard sévère

les divisions d’ennemi-es
ne sont plus des divisions

le diable demande à être cousu à dieu
comme le sillon de la bouche
appelle un mot

sans séparation
un fredonnement léger venu des
basses nuits

la chair n’enveloppe pas
un pays
la peau n’est pas un drapeau
en attente

serment défit
sarment relie

le bien le mal pourtant
dis-tu

je dis

salomon coupe-t-il le bébé ?

est-ce justice
ou est-ce de justesse ?

la caresse plus sonore que le cor
le cor de retraite de chasse – le cri

la caresse est

il y a encore des frissons verts
sur les plaines profondes

et le corps a dit oui