le souffle

le souffle est à la peau
ce que le gris est à la mer

et cette couleur est innommable

dis-moi
qui peut arrêter un poumon

et l’incendie pâle d’un pétale
au bord d’embrasser tout ?

c’est un aveu – la vie –

mais ton sang ami-e peut-il être nu ?

ici
il y a une auréole de terre sur la limite
une crinière brune borde les fleurs
mais elles naissent

maintenant

et la main qui jamais ne veut
a peur de son feu

voilà la main
un gouffre de roses dans l’effleurement

la main du soleil

t’a touché-e

car chaque arbre est ouvert
chaque chair est vertige

et le désir échappe et l’engoulevent
goûte encore le gris du bout de son aile

quand l’ombre sans nom déprend le ciel

mais toi ami-e où iras-tu ?

aujourd’hui la bouche
voile violet lacté
s’est soulevée au bord du jour

avec des dents plus longues que la lune

la paupière est une rose
à jamais éclose

et l’œil s’est brisé comme une fenêtre de verre
et ses éclats de lumière

déchirent

rien ne pourra plus jamais dormir

plus rien n’est caché plus rien n’est brouillé
entre les bruyères de la chair

alors le corps devient presque une nuance
une pensée

l’ombre des nombres s’illumine
et mille devient unique

mais toi t’es-tu déjà connu-e ?