le petit pois des choses

il faut voir de loin pour faire de la morale.

on ne peut juger du nom d’une ombre quand on en voit la nuance.

la morale est optique, elle ne peut pas toucher sans douleur. et quand la lumière touche, le corps dévot est blessé.

car si la morale touchait de près comme elle voit de loin, la lumière devrait être dans la merde.

la morale quand elle voit de près ne voit dans chaque signe qu’un signal de douleur.

plus je me sensibilise, plus le petit pois politique me gratte. il est partout, dans une chaussure abîmée de punk, monstre minuscule sous mon lit rempli de cauchemars, dans le point noir du regard de l’ami-e.

mais le grain d’une chair ne se laisse pas saisir par la morale, sauf si on brûle la chair.

ce n’est pas de la lucidité, ce n’est pas la vérité dévoilée, c’est sentir, sentir avec finesse la muraille rugueuse et la caresse du voile.

quand je te parle, je parle à la société. cette triangulation est tragique. voilà ma sensibilité : elle se cogne aux trois angles.

nous sommes ami-es dans le corps de la société. avant, c’était dans le corps du christ ou du roi. le corps rattrape toujours.

plus je serai sensible, moins je pourrai aimer la morale sans douleur, violence, écartèlement.

il faut une précision d’instrument de supplice, et en même temps une possibilité très floue, abstraite et négative de répression pour faire tenir la morale dans le petit point de rosée… le petit point de rosée au bord des yeux de qui a trop senti, et trop vécu.

plus la politique devient petite (inflexion de voix d’une femme blanche en colère, main fermée et rude du médecin, regard légèrement haut d’un propriétaire), plus la morale s’affine jusqu’à n’être plus qu’un point de douleur impossible à nommer.

morale et politique doivent se tordre pour s’accorder ; la morale, c’est la destruction, et je refuse la destruction. c’est défaire, détricoter, retirer, pour atteindre le noyau pur de l’être hors du monde.

tandis que la morale s’approfondit entre les quatre murs de l’âme – ou s’anéantit à l’extérieur –, l’éthique est une affaire de relations entre tout et tout.

une clef :
ne pas me/te dissoudre… nous relativiser.