poèmes

automne

quand l’automne ses feuilles un peu lourdes comme des paupières
un peu tristes
est revenu
je me suis souvenue que la mort elle aussi
a l’odeur de l’herbe sous la pluie
des vignes
et des immensités bleues d’octobre
le soir

et l’au-delà
un peu de terre dans la bouche
âpre comme un secret

un ver de terre gît sur mon chemin entre les graviers
cambré
un demi-sourire

il n’y a pas d’explication
pas d’extase
mais le grand vent de l’extérieur qui nous chevauche
avec un peu d’amertume
et qui fait remuer les rideaux quasi opaques de nos corps
il n’y a pas de lumière
pas de feu divin
pas d’amour
juste le froid le calme
rien
presque rien

poèmes

attendre

attendre

le silence a éclos à la bouche de l’aube
au bout des collines grises
elles perdent leur souffle dans la brume
et derrière elles
il y a quelque chose que je ne connais pas

le soleil se révélera
dans l’étang
dont la paupière transparente ondoie
de lumière clairsemée
à peine vivante
il y a quelque chose que je ne connais pas

le geai des chênes frémit
son corps est roux comme la terre battue
comme un peu de sang dans une flaque
soleil fondu bouton de rose éteinte
il s’envole
sous ses plumes au travers de son œil
il y a quelque chose que je ne connais pas

entre ma bouche et ton oreille
sous le verre obscur
il y a quelque chose de plus dense que la réponse à
pourquoi
c’est le silence tendre tendu comme le fil où la flèche s’apprête
à toucher juste
ne rien toucher

attendre

poèmes

te changer

pour que tu te souviennes
que le soleil le ciel n’existent pas
quand ils ne touchent pas
la terre abrupte

l’horizon a toujours mordu la poussière

ne fuis pas le monde
car il doit te changer
encore

la lumière est

poèmes

printemps

la terre rumine
tous les mots qu’elle ne pourra jamais dire
ses fouillis d’entrailles
qui hurlent

peut-être a-t-elle cessé de parler
nos maîtres
ont marqué sur son front
un chiffre sans nom

regardez
regardez ma mort
notre mort
je veux que vous conversiez en tête à tête
avec votre boue

regardez

et demain le soleil se lèvera
hors de vos yeux morts

après l’être humain
la terre existera les autres animaux vivront
peut-être
les fleurs seront là aussi sans doute
pour se regarder les yeux clos
ouvrir leur cervelle de pétales
qui pense avec des grouillements
et des salves de mots
des salives sans bouche
que nous n’avons pas
entendues

il n’y aura plus de mot humain pour nommer
la terre sera sans écho
le lac ne reflètera plus le lac

printemps je ne te dirai plus
printemps

poèmes

perdu

dépouillons-nous
abandonnons nos pas à la croisée des routes
des fenêtres
ouvertes
soyons sorcierz
laissons-nous dans l’auberge et notre chemin sera amour
l’apocalypse ce sera quand tout le monde comprendra que le roi est vêtu
quand tout le monde aura honte de ses vêtements alors la lumière sourira dans nos baisers nus
il y aura des rires comme des colombes à en perdre le souffle
il y en aura jusqu’au bout du printemps et même plus loin et même après
nos corps seront des jardins des jardins ouverts et notre honte ce sera un jardin de roses sur nos joues
il y aura des hasards et des dés comme des rires jetés à en perdre la face
il y aura des dés à mille visages
il y aura des visages qui rient comme des ailes déployées
nous rirons
les rois s’enterreront de honte sous des montagnes de boue d’or peu importe
et ce qui est écrit ici tombera en poussière
nous verrons danser dans le soleil comme des poussières la foule des vivantz à en perdre le sens
nous serons sans terre sans patrie sans frontière
le ciel nous aura pris
nous aurons peut-être perdu

et pourtant

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