il était une fois un grand jardin, dont les feuillages étaient enchantés. à chaque courant d’air, on les entendait rire et chanter, et c’était comme entendre le bruit du miel sur la langue, le pli d’un foulard qui danse, le sursaut de la pluie quand elle poignarde une fleur.
le jardinier du lieu, aden, aimait ce jardin plus que tout. il lui parlait comme à l’être aimé, il parlait aux jasmins, aux tulipes, aux pommiers, aux orties et à toutes les herbes folles. le matin, il demandait à la lumière d’enlever ses souliers et de marcher pieds nus pour ne rien abîmer. le soir, il demandait à la lune d’avoir un œil ouvert, et de le prévenir si des intrusx venaient, et à l’ombre de border chaque plante pour que le jardin puisse fermer les yeux et rêver.
dans ce jardin, l’hiver et l’automne n’existaient pas. après les fruits de l’été venaient les fleurs du printemps et après les fleurs du printemps venaient les fruits de l’été.
au printemps, aden allait et venait sur les longs chemins ; il écoutait les cerisiers en fleurs rire à pleines gencives puis vieillir, puis faner, et alors il écoutait les pensées penser à la couleur du temps qui passe.
un jour, au début de l’été, il surprit une conversation. une digitale disait à une autre : « si ce jardinier savait pour la graine de mort ! – oh, il ne faudrait pas qu’il le sache, il perdrait le repos. – ce qu’il y a de plus inquiétant, c’est qu’on ne sait pas où elle se trouve car dieuz l’a cachée. – au moins, personne ne la plantera si personne ne sait où elle est. – heureusement, car si on la plantait ici, tout le jardin mourrait et les arbres perdraient leurs feuilles. »
entendant cela, aden sentit sa main droite trembler ; il rentra chez lui tout meurtri. il eut si peur de la graine de mort qu’il ne put plus dormir ni manger ni rire ni même jardiner. quand il passait dans les allées, il regardait les grands peupliers, pleurait, soupirait à l’idée qu’ils perdissent un jour leurs feuillages. dans chaque arbre bien portant, il voyait désormais un mensonge.
les printemps et les étés passèrent. aden dépérissait. il ne goûtait plus au fruit des arbres, il ne mangeait plus du tout ; il craignait chaque noyau de cerise et ne pensait plus qu’à la graine de mort.
et sa main droite tremblait encore.
un jour, il décida de la chercher. il retourna la terre et ne trouva rien. il arracha tous les fruits de chaque arbre, les écrasa, les broya et ne trouva rien. il ne supportait plus de voir les grands tilleuls si verts et si sûrs d’eux. il leur dit : « ne savez-vous pas que vous risquez de mourir bientôt ? » il n’obtint aucune réponse. « grands nigauds qu’ils sont, pensa-t-il, connaissent-ils seulement le mot mort ? »
et sa main droite tremblait toujours.
un jour, il prit une épée d’or, une faucille d’argent, un couteau de bronze, des ciseaux de fer. Il se dirigea vers les tilleuls et coupa leurs feuillages. puis il enleva ceux des peupliers, puis ceux des autres arbres, puis il écrasa les fleurs, puis il regarda ce qu’il avait fait : les arbres étaient rouges, les fleurs brunes, brisées, et la terre était sombre. il recouvrit ensuite la terre d’un grand bouclier blanc d’ivoire.
et sa main droite tremblait, tremblait toujours.
il l’ouvrit et la regarda : il s’y trouvait la graine de mort.
