ils se réjouissent de tout
l’argent partout
peut couler
c’est un réconfort qui rigole
sans dent
ainsi la rivière épouse
même la forme impossible
même l’obstacle
même l’inévitable ennemi
doucement
doucement s’entend
ce rire ce rire presque immortel
qui faute de visage à modeler
a tordu les corps
sous la vie sous la vie
ô ma survie
sous la vie sous la vie
passe la vie
je dis à tout
le désert fait tout voir
je te dis à toi ami-e possible
comme je dis à tout ce qui peut
ne sois pas seul-e comme job
tombé au fond de sa blessure
car seul-e tu risquerais de rencontrer
peut-être
un dieu abominable
les larmes quand elles
gouttent de plusieurs regards
comme tombées chaque fois
d’un soleil différent
sont l’essence
l’inflammable douleur de tout
et le feu est déjà dans le feu
renonce à l’espérance
sur la porte de l’enfer
ne grave aucune sortie
plus petite et plus grande
que la douleur du monde entier
et de la fourmi sous ton pied
lorsque tu cours te délivrer
oui c’est la même histoire
ce qui ne se raconte pas
est notre histoire
quand tu te sens mourir
n’habite pas
en touriste sur les ruines
l’étrange vallée
voici le cri vivant
la mort est mort
la mort est morte
mais moi quand je suis seul-e
moi je vis dans un lieu de chagrin
tout est vendu
l’eau du sang n’est pas potable
et elle s’y vend si bien
on ferait même rire nos os
dans nos peaux
c’est que nos peaux sont si seules
elles ne nous possèdent pas
elles parlent de nous parfois
on croirait y deviner
quelque chose d’humain
où sont-ils nos propriétaires ?
il n’y a à vendre dans le désert
que la salive des bouches
qui ont renoncé à se plaindre
car la mort a un goût presque
acceptable
et ils me la feront manger
s’ils possèdent ma faim
n’espérons rien
rien ne nous sauvera
hélas tout sauve
et nous sommes tout
