mes ennemi-es s’appellent sisyphe
iels ont construit les asiles pour protéger
des creux sans désir
des vallées dont les murs
ne sont pas des montagnes mais un gris
qui ne se surmonte pas
ami-es de folie
ne surmontez pas la hauteur des yeux du bourreau
il est bas de surmonter ce qui est petit
iels ont tout protégé
iels ont protégé
les psychiatres les tortionnaires
les orfèvres de larmes
dont le furtif plaisir est un compte-gouttes
dont tout le cœur même dans une presque douceur
indique l’horaire
il est midi moins neuf
il est moins neuf moins neuf l’heure de vivre
protéger tout
sauf ce qui est fragile
sauf ce qui est tout-puissant
sauf les dragons à plumes
sauf l’œuf qui contient déjà
ce qui devine l’aile
quand elle dessine l’aile
dans le ciel non encore
ouvert
soyons des insomnies
le sommet de nos yeux
il faut des murs pour bercer
près du mur
ne me bercez pas
ne bercez pas
la violente carcasse de cette caresse au ras
d’en avoir marre si marre si marre
au ras du sol de la mer
et de l’amour non-fatidique
je l’ai choisie
ma cicatrice
rien n’est fatal que ce qu’on subit
je l’ai gravée
ma cicatrice
ce n’est pas la douleur qui me fait
c’est moi qui fais la couleur
j’ai gravé l’oppression et la douleur
dans mon sang
pour choisir la nuance du rouge
la mienne s’appelle
rouge soleil
je pleure comme on tisse
je pleure comme on répare
je ne sépare plus la douleur
de moi-même
le départ est partout
à tout je dis nous sommes la vie
je n’aime pas la douleur
mais j’aime mon corps
aussi
sous le rouge soleil
à tout je dis nous sommes la vie
la trouble trouble crête du cocatrix
hurlant à l’aurore
à la mort
à l’aurore
l’horrible vie
et ma tête tombant sur ma tête
j’ai bu mon crachat sur elle
comme on grave en soi une eau-forte
nous sommes la vie la vie la vie
c’est notre folie
de vivre avec cette rage
dans cette cage de dents
dans le ventre d’un titan
dans la viande vide du non-visage
dans leur regard froid
rien ne me bercera
rien
car j’ai quelque chose à percer
je me cognerai la tête
jusqu’à ce que ma cervelle emmêlée
sorte de mon crâne
comme une germination de plumes
le feu ça hurle
et l’eau ça fouille brouille souille
et la folie ça vit
même la plus sale folie
vit
on peut bien à ces sisyphe-là leur brûler les yeux
jusqu’à l’os
on ne rencontrera jamais la peau
ni le tremblement
iels ont besoin de murs
c’est parce que leur peau est de pierre
elle ne peut pas trembler
mais nous avons laissé la pierre retombante
et la chute et l’espérance
et la pierre de nos tombes si probables
le corps est une montagne
et la montagne est soulevée
