poèmes

en o

(un vieux texte que je sors des tiroirs et un peu modifié)

nous sommes immobiles

sous la pluie

sous la chaume des orages
nous sommes immobiles dans notre maison de pluie
tous ces lambris d’eau pourraient tomber sur nos épaules
les briser

nous resterons

il nous faut du courage pour ne plus avoir froid
le vent lui-même a froid
la pluie se noue autour de la gorge sifflante du vent comme une écharpe
les giboulées giflent
nos épaules

la lumière trace une raie dans le ciel
et mes paupières comme des peignes lumineux
ont peine à te voir

sous la pluie

reste ici reste ici encore parmi
les flaques la bouche en o

comme étonnées

poèmes

être humain

(un vieux texte que je sors des tiroirs et un peu modifié)

on ajoute toujours un contour même au corps le plus fin
on ne peut se contenter d’un trait
pour faire un être humain

enfant

si tu l’ignores
écris

ceci est un être humain

au-dessus de ton dessin

car non
on ne peut pas se contenter
de quatre traits
de cinq
être humain c’est être plus

sinon tu meurs
tu meurs de faim

aurais-tu des jambes pour tenir debout
tu serais un fétu de paille

si tu n’uses pas
enfant
des nuances grises de ton crayon
en appuyant un peu obliquement
de biais

alors ton bonhomme ne vit pas
il végète

quant au sourire
ne le lui dessine pas
qui peut donc sourire avec si peu d’épaisseur
et des jambes pas plus grosses que des cheveux
pour tenir debout

tirer sur la manche de l’existence
lui dire
donne-m’en un peu plus
quand on a déjà tout

ou quand on a rien

et que ce rien est tel
que si on l’assaisonnait
ce serait aussi fou
que de vouloir manger du sel tout seul

cela n’a pas de sens

comme mettre son coude sous sa nuque
pour bien dormir
alors qu’on est sur le point de mourir

cela n’a pas de sens

de chercher du réconfort
d’essuyer ses larmes quand elles coulent encore
quand on a le visage mouillé d’enlever une larme ou deux
et de tourner son visage
vers un miroir

même dans le malheur
on pense
il est midi

il est l’heure de manger

même dans le malheur
on pense
qu’en dira-t’on

mes cheveux tombent drus

alors enfant écoute
dessine ton bonhomme
avec un je ne sais quoi
quelque chose de plus
il faudra un soleil
dans le coin de la feuille
un quart de soleil
n’en dessine pas plus
pour qu’on ne le voie pas
pour qu’on ne le voie
que si tu le montres du doigt

j’ai fait un soleil

diras-tu et l’on te demandera

pourquoi ne l’as-tu pas fait entièrement

oh et alors quelle tristesse
tu ne sauras pas quoi répondre

ou peut-être diras-tu

ce soleil est caché
hors de la feuille

poèmes

le compost / cassurvivances

(ces fragments viennent de vieux textes que j’ai écrits autrefois… du recyclage)

sortez vos parapluies les jours d’averse
et les jours d’orage
sortez nues

telle est la faute du serpent
d’être un poisson
qui nage dans le désert

je t’aime

non
l’enfer n’est pas le seul à brûler

à brûler l’âme

et sans doute qu’il n’y a pas de clefs
dans la main de pierre

erostrate est sur le soleil

veiller
se préparer
dire

je vous ouvre

au vent
quand il n’y a personne

à M.

ne crains rien

ne crains pas ce que tu ne possèdes pas
c’est la seule chose qu’il ne faut pas craindre

et nos yeux ne nous appartiennent pas

ma folie

les autres te voient danser
mais n’entendent pas la musique

les vers à soie sont nus

mais ils habillent richement
un courant d’air

pleure

la boue avec ses doigts palmés
ruisselle
et les fleurs ouvrent un œil béant comme des poissons quasi morts
d’avoir quitté l’eau

dis-moi

qui a déjà vu le soleil sur un sol sec

et oublie

les amoureuses s’embrassent
pour ne pas se regarder dans les yeux

à V.

on disait qu’un rêve est le brouillon du jour

le sang des vivantes
est sombre

et aussi invisible

que la mort

elle est belle ta société
si ordonnée

des gens
sur le bord du trottoir

les marges aussi ont été tracées à la règle
avec application

cascade

parfois c’est la hache et non la nuque qui semble mourir
sur la pierre

tirer ma dernière flèche

ma question est

et si elle ne s’arrêtait pas

révolution

être

la coquille de noix vide qui flotte sur l’eau
et qui remplie

se retournerait

faisons de la forêt de dante un jardin

je n’ai pas peur de la nuit
mais de l’aube car on exécute les condamnées
au matin

et ma poitrine se dilatera comme une gigantesque narine

qui hume le parfum de l’existence
sans la posséder

je ne sais pas comment vivre impunément

l’avantage des oiseaux n’est pas de voler
mais qu’il n’y ait pas assez de poussière dans le ciel
pour garder trace de leurs plumes et de leur existence

après leur passage

l’illusion d’éternité

croire que celle qui a écrit
pendant qu’elle écrivait

a retenu son souffle

il faut bien des montagnes pour un faible écho

poèmes

fil

le corps est un labyrinthe
quand le fil de ton sang
s’arrête

tu es sortie

il n’y a pas de monstre

et ton rire
oiseau de neige
fond sans douleur

comme un nuage

mais la main qui te guide

tremble parfois

poèmes

seuil

il y a un point
mais il faut que ton œil
ouvre l’espace

l’espace est entre

quand l’espace hésite
il devient

instant

effraction

de seconde

j’aimerais des mots de sable
comme la parole

je ne veux plus fixer

détourne-moi

arrache toutes les pattes
qui grouillent
sous mes paupières

recommence-moi

mais j’ai tellement peur
que l’esquisse de mes nerfs
perde
son autrice

et pourtant je me suis dilatée
comme une impossible méduse

ou une lune sans bord

n’écoute que
la cendre qui flotte

ne tombe pas
toujours

comme une chanson en langue
inconnue

j’essaye des paroles
nues
de leur sens

une feuille morte
se noie dans l’épaisseur invisible

mais elle est plus légère
que la mort

c’est cela rêver peut-être

quand tu dessines la bouche
tu dessines
un segment

mais si parfois tu dessines
notre silence

ton dessin est-il un chemin

la seule route est celle
qui n’emprunte pas la terre

celle qui

te vole

quand tu es seule
là-bas

là-bas

tout bas

la terreur et le froid et la terre

et se trouble

trou

retrouver

face à ?

toute

seuil

poèmes
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