poèmes

de la rue

le fantôme de la rue disait

je suis comme la vérité

si je mourais demain
sur le trottoir
je serais encore

un corps à cacher

poèmes

et je regarde

je suis un monstre
et je regarde dans les yeux

mon sang est vif
comme un fouet retourné

contre sa maîtresse

je suis un monstre
j’ai un cœur à donner
comme une malédiction

je n’ai pas peur de mourir
seulement
n’éteignez pas ma colère

poèmes

dans la fente

répéter le vent répéter le vent
répéter

quand mon souffle est devenu un couloir
une enfilade
de pièces vides
aux rideaux gonflés par le corps lourd

de mon enfance

mélanger la mer
à ma poitrine

ouvrir la poitrine
pour défaire les plumes rouges du coquillage

creuser le coquillage
jusqu’à entrer dans une forêt

une forêt de vertèbres nouées
tortueuses
prier dans une église baroque

pousser la porte
mais ne jamais voir l’envers
du monde que l’on a détruit

je voulais prendre dans ma main
le territoire

être celle qui sait

coller des insectes sur les pages
blanches de mon regard

et entailler ma langue
comme celle du lézard

dans la fente

pour suivre en même temps
les deux voies

poèmes

vieille photographie

(un vieux texte que je sors des tiroirs et un peu modifié)

l’araignée a levé
le pain de mort

vieille photographie

elle se déplace
comme une main sur un violon silencieux

la toile vibre d’une musique
que je n’entends pas

parfois j’ai osé respirer
pour que bougent les barreaux cristallins
de ma prison

sa main
passe comme un peigne

dites-moi
qui donc

qui nettoiera ma mort

plusieurs fois j’ai voulu m’ensevelir
dans le cocon chaud de ces neiges

éternelles

les insectes meurent paresseusement
dans des hamacs blancs

on ne les entend pas

vieille photographie

je fais une archéologie arachnéenne de l’instant

perdu

poèmes

ma douleur

(un vieux texte que je sors des tiroirs et un peu modifié)

ma douleur

quand je ne peux pas le dire
la pluie a pitié de moi
elle coule sur mon visage

à ma place

ma douleur

dis-moi
qui éteindra la lumière

dans ma tête

ma douleur

ses membres rigides se fracassent les uns contre les autres
elle se fait si petite qu’aucune main tyrannique ne peut plus

la prendre

ma douleur

voilà qu’elle frappe
gratte contre les barreaux
et ses ongles retombent désespérément en laissant
des cascades vacillantes sur les murs
jusqu’à se casser

s’abîmer

ma douleur

prison inextricable
épileptique
quelle harpie picore
arrache un dernier sursaut
à la branche de l’arbre

mort

poèmes
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