unseelie

le docteur guillotin était le plus grand humaniste. l’humanisme a toujours consisté à faire des morts propres – ces morts qui ne sont plus un spectacle, mais un oubli.
il y a des gens qu’on a coupé-es nettement et soigneusement du champ humain.
mais même les visages non-humains peuvent regarder dans les yeux et ces yeux-là sont terribles car le reflet de qui les observe se perd dans un trou noir.

ne nous regardez pas.

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jusqu’à la mort tout est vie est le proverbe des monstres petits et grands, et je le fais mien. je revendique ma vie comme chose extraordinaire, alliance des contradictions, miracle terrible, objet de scandale, chose impossible ; je veux la vie radicalement et absolument. ce n’est pas une excentricité romantique ou un héroïsme, c’est vivre dans une société où il y a des morts douces pour les anormal-aux, des vies qui ne se sentent jolies et dignes que parce que d’autres sont dites inhabitables. ici, dans cet endroit bizarre où je vis, vivre c’est presque commettre un crime.

*

je ne peux pas vivre en être humain, et je veux vivre en vie.
car ce n’est pas ma vie que j’aime, c’est la vie seule qui est bonne.

même hors de mes limites, la vie vit.

*

habiter le corps, c’est cesser de le voir de l’extérieur. alors on ne le dit parfois plus humain.
le regard qui nous fait objet, le regard de la domination nous nomme de l’extérieur.

qui connaît le corps sous la peau ?
qui sait quelle danse dansent nos nerfs quand ils tâtonnent la forme humaine ?
qui connaît la profondeur hors de l’image et hors du nom ?

sculpte-toi de l’intérieur.
sculpte-toi un masque de loup ou le froid du serpent en dessous du visage.

existe-toi.

*

vous avez peur de la gorgone parce que parmi les monstres, elle est la seule qui regarde de face.

le petit peuple des fées, nos invisibles trop bruyants, nos grouillements d’yeux et de dents, nos champignons qui débordent un peu, dans l’ombre, nos couleurs hirsutes, c’est votre mauvaise conscience ou peut-être plutôt votre crainte. on ne nous voit pas mais on nous flaire partout comme un risque parce qu’on nous a rendu-es minuscules. il y a des monstres au bord de vos yeux.

mais je vous vois.

nous aussi, on peut.

la magie de nos yeux ce n’est pas de voir, c’est de pouvoir.

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