danse le rivage des nerfs
où touche le soleil
avec sa main d’aveugle
sculpte un espace pur
au bord des cils gelés
comme les grelots de neige
annoncent le ciel
incarne-toi lumière
et sans habit habite-toi
que tes mains se hérissent de plumes
elles sont des murailles d’oiseaux
elles veulent saisir le monde
mais entre chaque paume
le visage ne tient pas sans mourir
on n’entoure pas de frontières un pays
sans tuer l’aube
oh toi tu désires avec faim – ton cœur bondit
comme un chien pour rogner
l’os austère sous la peau
mais le centre d’un corps
c’est l’algue vagabonde
du sexe vivant en vase en valves
et en limon
sa danse d’étrange limace
forme une vrille
jusqu’à l’indénombrable nombril
car tout baiser est plein
désobéis-toi
escalade ton corps
l’âme est chose clandestine
on respire malgré soi
comme on souffle un mot de passe
au soir personne ne meurt
les veines transgressent le corps
la vie la vie dépasse – l’ombre des peupliers
a fui très loin
le corps des foules
tu ne connais pas ce que tu peux
apatride de toi-même
jamais personne n’envisage le visage
parce que pour regarder son propre visage
il faut perdre ses yeux
je veux le verbe l’ongle incarné
dans la gangue
de la langue
je veux te dire la bave des fleurs
quand elles mordent – les cruelles
au tout premier jour de nos joues
et incarnatus est
