le ventre est ici

les veines s’écoulent
les dents découpent

le corps est une faim

c’est aussi faux de dire
j’ai peur que de dire

j’ai un corps

et si je dis
j’ai mal j’ai froid

c’est pour éteindre la peau
la braise bleue

le sang le bruit la nuit

c’est pour oublier
c’est pour endormir

c’est pour mourir un peu

mais ça sert à rien

la faim est une veilleuse

il y a un végétal – quand tu dors

un souffle
qui pour respirer et transpirer

n’a pas besoin de toi

et une vie passe dans la vie

la vie secrète la couleur invisible
sous la peau

le sang circule sans frontières

ça se tisse dans l’ombre

un réseau clandestin
de résistance

les racines de la peau en fleurs

le ventre est ici

et le bruit de nos entrailles est béni

comme le masque à l’envers
du visage

comme la bouche qui parle
à l’intérieur

de la terreur de la terre
de l’intérêt de vivre

le sang n’est pas un poison
la chair n’est pas une prison

la figure ne figure pas
nous monstrons

une faim inhumaine
une soif inhumaine
une peur inhumaine
un désir inhumain

et pour le corps
tout est permis