la corne des collines charge la nuit
et les lueurs du matin dévalent nos corps
comme des brebis à la laine livide
vont les vapeurs vierges et limpides
au matin de nos chairs
le linge sale de l’aurore
parmi les lavandes aux ongles gris
baigne dans l’onde de nos paupières
la gueule d’un soleil a dévoré le monde
et toute la poussière blonde
précède la lumière
la terre est un nuage
et aujourd’hui en chaque chute
chuchote chaque chose
l’aube est sans âge
et sans usage des choses
elle parle
elle cherche la fine pointe du vent
entre les aiguilles du cèdre
et son poème est une épine
les sandales fragiles du ruisseau
frôlent les pierres velues
un scandale à chaque épreuve le touche
revenez de la mort
ombres sans limite des chemins
bercés par les bras des cyprès
atroces
l’ombre des yeux tombe
pareil au lourd pavot à la fin de l’été
un voile vient et s’en va
la mer étrange nous quitte
et le sommeil ne nous veut plus
éveillez-vous si le jour a raison
parmi les vignes emmêlées
quelque chose peut-être est visible
sortez de la maison
et brûlez tous vos yeux
comme on brûle les navires
pour ne jamais en revenir
ne vous souvenez de rien
ne soupirez pas à la source
nous sommes la semence
c’en est fait
et cela ne nous finit pas
même jusqu’à la terre fauve
jusqu’au cratère noir
où coule le vin profond des ombres
cela nous a commencé
bien avant le noeud de notre oeil
mais la lumière
comme un arc décochant des plumes
blesse la bouche
d’un fin crachat
à qui tente de dire sur la terre
parole vraie et légère
l’auréole du tournesol
cerne la nuit
et dans la poitrine un fruit
s’apprête à toucher la boue
tant la branche du corps
est ployée d’amour
trop fort trop lourd
est le javelot de nos tailles
et nous nous demandons
dans nos prisons
rayées de roseaux pâles
les paroles des poèmes
comme des condamnées
meurent-elles au matin ?
