il me faut pour pleurer
les yeux de mes bourreaux
dit la victime deux fois victime
et moi je veux mes propres yeux
porter sur les épaules
une maison de silence
et avancer lentement
et savoir que jamais
ne pourra exister le corps
qui était sans blessure
l’endroit où je veux me jeter
aucun bleu du ciel ne l’a franchi
les yeux ne voient rien de leurs murs
quand nous étions enfants
nous avions des règles pour tout
même pour la souris qui s’échappe
et aussi pour sauter par-dessus la mer
mais je ne vais pas là-bas
je cherche l’étrange mesure de mon corps
quand la mort est plus légère
que la paupière de mon insomnie
quand mon squelette ne tient plus debout
au fond de toute la peau humaine
dois-je encore porter l’organe qui me vit ?
quelle est la règle ? quel est le poids ?
suis-je la seule personne qui ne connaît pas
le point de gravité
l’inévitable
dans mes yeux ?
était-ce grave ?
ai-je assez de mon corps nourri leurs dieux ?
jamais plus jamais
mon espace
n’a eu lieu
je pars habiter mes pas
vivre
et les yeux de leurs pleurs sans un regard me suivent
