(un vieux texte que je sors des tiroirs et un peu modifié)
on ajoute toujours un contour même au corps le plus fin
on ne peut se contenter d’un trait
pour faire un être humain
enfant
si tu l’ignores
écris
ceci est un être humain
au-dessus de ton dessin
car non
on ne peut pas se contenter
de quatre traits
de cinq
être humain c’est être plus
sinon tu meurs
tu meurs de faim
aurais-tu des jambes pour tenir debout
tu serais un fétu de paille
si tu n’uses pas
enfant
des nuances grises de ton crayon
en appuyant un peu obliquement
de biais
alors ton bonhomme ne vit pas
il végète
quant au sourire
ne le lui dessine pas
qui peut donc sourire avec si peu d’épaisseur
et des jambes pas plus grosses que des cheveux
pour tenir debout
tirer sur la manche de l’existence
lui dire
donne-m’en un peu plus
quand on a déjà tout
ou quand on a rien
et que ce rien est tel
que si on l’assaisonnait
ce serait aussi fou
que de vouloir manger du sel tout seul
cela n’a pas de sens
comme mettre son coude sous sa nuque
pour bien dormir
alors qu’on est sur le point de mourir
cela n’a pas de sens
de chercher du réconfort
d’essuyer ses larmes quand elles coulent encore
quand on a le visage mouillé d’enlever une larme ou deux
et de tourner son visage
vers un miroir
même dans le malheur
on pense
il est midi
il est l’heure de manger
même dans le malheur
on pense
qu’en dira-t’on
mes cheveux tombent drus
alors enfant écoute
dessine ton bonhomme
avec un je ne sais quoi
quelque chose de plus
il faudra un soleil
dans le coin de la feuille
un quart de soleil
n’en dessine pas plus
pour qu’on ne le voie pas
pour qu’on ne le voie
que si tu le montres du doigt
j’ai fait un soleil
diras-tu et l’on te demandera
pourquoi ne l’as-tu pas fait entièrement
oh et alors quelle tristesse
tu ne sauras pas quoi répondre
ou peut-être diras-tu
ce soleil est caché
hors de la feuille